Interview#07 – Les secrets de la police municipale lors des contrôles sanitaires

Pensez-vous que la police municipale puisse contrôler votre restaurant, ou encore votre établissement vous qui travaillez dans un des métiers de bouche ?

Et bien, Cécile Lunel nous raconte son formidable parcours.

Cécile travaille comme policier municipal depuis 12 ans maintenant. En 2009, elle souhaite agrandir son champ d’action et s’est donc intéressée à devenir contrôleur en hygiène alimentaire. Cela lui permet d’appréhender plus d’actions concrètes et d’apporter du positif aux personnes de sa communauté.

Elle a donc demandé à sa hiérarchie un approfondissement sur le sujet. Elle nous raconte ici, comment s’est passé son parcours.

 

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Et oui, c’est moi !!
(c) Cécile Lunel

Effectivement, ma hiérarchie a répondu positivement à ma demande.

J’ai donc effectué un stage dans les locaux de la DDSV (maintenant DDPP) qui se trouvait sur ma commune. Actuellement, ces derniers sont regroupés et ont fusionné avec les Douanes sur la Commune d’Evry.

J’ai gardé de très bons contacts avec mes deux tuteurs.

J’ai été formée par eux. J’ai ainsi pu les suivre dans leur quotidien durant une semaine. Ils ont pris le temps de m’écouter, de répondre à mes questions et de corriger mes écrits suite aux différentes visites effectuées en leur compagnie.

De par ma profession, je ne peux qu’effectuer des contrôles visuels, et les relater dans un écrit professionnel qui, lui, chemine avant de trouver preneur au sein de la répression des fraudes.

Suite à cette formation, j’ai pu bénéficier d’une carte pro contresignée par le Procureur de la République, Monsieur le Maire et par moi-même. Cette carte me permet donc d’effectuer des contrôles. En général, ces contrôles sont faits en collaboration avec la D.D.P.P. sinon je les réalise moi-même.

Je trouve très gratifiant de pouvoir aider les commerçants, les guider dans leur installation, dans leurs démarches administratives, leur dire ce qui va et ce qui ne va pas, leur apporter mon aide, de façon à ce qu’ils s’épanouissent et que la clientèle se rende compte de la qualité du travail fourni.

Je mentionne que je travaille et contrôle dans des quartiers qui sont assez particuliers (sensibles). On y trouve différentes nationalités qui ont toutes des façons bien à elles d’entrevoir l’hygiène. C’est aussi un défi et surtout de la persévérance car il faut sans cesse répéter, expliquer, surveiller et parfois hausser le ton. Mais c’est tout simplement passionnant.

 

Je sens votre passion dans ce que vous avez entrepris. C’est formidable.
Et quels établissements contrôlez-vous en priorité ?
Mes priorités vont vers les métiers de bouche, sur les marchés en plein air et sous les halles.

Ces endroits sont très fréquentés par la population et de ce fait, le consommateur doit pouvoir trouver des denrées alimentaires de bonne qualité.

À la demande de ma hiérarchie (monsieur le Maire), il m’est arrivée de contrôler des boutiques qui ont pignon sur rue, comme des restaurants classiques, ou orientaux, des pizzerias, des kebabs ou encore des boulangeries.

 

Et, sans être indiscrète, qu’est ce que vous inspectez en premier dans ce genre établissement ?
Quand je rentre dans un établissement, je contrôle en premier les documents administratifs relatifs à la profession exercée.

Ensuite, j’utilise ma technique du plan large puis je rétrécis au fur et à mesure mon champ d’action en relevant les non-conformités constatées.

Pour schématiser, voici quelques points de contrôle que j’effectue :
– Les documents administratifs
– Vérifications des locaux recevant la clientèle
– La partie « cuisine » ou présentoir
– Hygiène du matériel
– Hygiène du personnel et tenue vestimentaire
– La partie vestimentaire des employés et vestiaires
– Les cabinets d’aisances et leurs accessoires
– Vérification des réserves
– Vérification de la chambre froide (+) ou (-)
– Vérification des réfrigérateurs et congélateurs
– Vérification des vitrines réfrigérées
– Récapitulatif concernant la température
– Vérification de l’étiquetage, de la tracabilité des denrées etc …..

 

Cela vous fait pas mal de points à inspecter. Vous devez sûrement prendre plus d’une journée pour vérifier tout cela.
Et lors de vos contrôles, qu’est-ce qui vous a le plus choquée ?

Ce qui m’a le plus choquée, c’est le manque d’informations concernant la simple hygiène de base, c’est-à-dire le lavage des mains.

Certains avaient des ongles si noirs qu’il m’était impossible de l’accepter. A cet état de fait, je passe tout au crible et relève toutes les infractions.

Le listing de ces dernières peut être impressionnant. Je suis intransigeante.

 

Ah oui, je vous comprends…et il en va de la vie des consommateurs. En effet, si quelqu’un d’un peu fragile vient à manger quelque chose de douteux, cette personne risque des ennuis de santé.
Mais, est-ce que les personnes que vous contrôlez comprennent votre action ?

Oui, dans le sens où je leur explique que je suis là pour les aider.
Je leur apporte des réponses à leurs questions.

Leur faire prendre conscience qu’ils sont les seuls responsables en cas d’intoxication alimentaire, et que les conséquences peuvent être dramatiques, voire mortelles.

 

Les dirigeants des établissements que vous contrôlez ont-ils des recours contre les sanctions ?

Oui bien sur, ils ont la possibilité de contester les résultats des contrôles.

Mais jusqu’à ce jour, aucun commerçant ne l’a fait.

Par expérience, j’ai la chance d’avoir un très bon relationnel avec l’ensemble des commerçants contrôlés et ceux qui ne l’ont pas encore été. Ils savent qui je suis, comment je procède et parfois ce sont eux qui viennent à moi.

 

Est-ce que les personnes que vous contrôlez ont suivi une formation en hygiène alimentaire ?

Pour la ville dans laquelle j’exerce, nous avons des quartiers difficiles, certain commerçants possèdent des rudiments, d’autres de petites connaissances et parfois c’est le drame : aucune connaissance ! Et, c’est à ce moment là que mon rôle est important.

 

Oh, certaines personnes peuvent avoir des difficultés avec l’hygiène à ce que j’entends. Comment les aidez-vous ?

C’est simple, lors du contrôle, je suis accompagnée du gérant, du propriétaire, ou de l’employé à qui j’explique au fur et à mesure les non-conformités relevées.

A l’issue de mes observations (qu’elles soient d’ordre administratif ou relatives à l’hygiène), j’informe la personne que je vais revenir avec des documents qui lui manque (voir ci-dessous) afin qu’elle puisse se mettre en conformité.

Je rentre au poste de Police où je rédige mes écrits.

Le listing des non-conformités est dressé, une copie est également transmise à la personne.

J’en profite alors pour lui réexpliquer, point par point et m’assure qu’ils soient tous compris.

Tous les documents que je fournis, sont signés de ma main, validés par ma hiérarchie et émargés par le commerçant.

En fonctions des non-conformités un délai peut être donné, ou s’il y a des achats à prévoir (échelonnement de ces derniers).

Le commerçant est également informé que l’ensemble du dossier sera transmis à la D.D.P.P.

Je précise à ce dernier qu’en cas de besoin il peut, bien sûr, me contacter.

Documents transmis :
– Déclaration d’identification.
– Listing des non conformités classées de la faute la + grave à la – grave.
– Photos : Explications concernant le lavage des mains sous forme de dessins.
– Photos ? : explications comment ranger son réfrigérateur.
– Fiches (tableaux) des relevés de T° : Réfrigérateurs / Congélateurs / Chambres froides (+) ou (-).
– Photos : Rangement d’une réserve.
– Photos : tenue vestimentaire appropriée à la profession.
– Modèle de classement pour la traçabilité des denrées.
– Etc… en fonction des non conformités relevées.

Je les informe qu’ils peuvent également se documenter en commandant le Guide de Bonnes Pratiques d’Hygiène relatif à leur activité.

 

Que de boulot !
Bravo à vous pour le travail que vous fournissez, et en plus avec tant de passion.

Pour terminer cette interview, quels sont vos projets d’avenir ?

Ils sont très simples, continuer à faire de mon mieux afin d’aider les commerces de bouche de ma Commune.

 

Et bien, Cécile je tiens à vous remercier encore une fois pour ce travail supplémentaire que vous avez accompli en acceptant de faire cette interview.

Merci.

Et vous, que pensez-vous du travail de Cécile ?

 

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13 commentaires

  • Hé bien, je suis assez perplexe de voir que ce sont les documents administratifs qui passent avant le reste. On peut avoir des document « nickel » et recevoir ses clients et/ou cuisiner dans des endroits pour le moins insalubres… Ou, à l’inverse, avoir des documents pourris mais une cuisine et des stocks impeccables…
    Mais, bon, après avoir côtoyé l’administration (belge et française), j’avoue que cette priorité ne m’étonne qu’à moitié.
    Mais mise à part cette remarque toute personnelle (oui, je déteste l’administratif en général et la paperasserie en particulier), je trouve ce boulot superbe. Et bien utile.
    Grâce à des agents comme Cécile (pourquoi est-ce que j’ai l’impression de l’avoir déjà vue quelque part), peut-être que des commerçants qui nous vendent n’importe quoi n’importe comment vont modifier leur façon de travailler…
    Belle nuit, tout le monde…

  • Bonjour et merci pour ce petit passage.
    Et oui, nous demandons en premier les documents administratifs et ensuite je commence mon contrôle.
    Si je rencontre de grosses anomalies, je reste sur place et j’appelle la DDPP. En fonction des non conformités relevées, nous avisons.
    Sur le département de l’Essonne c’est d’avantage de la prévention,( sauf si c’est un cas, là c’est destruction et fermeture immédiate, et bien je passe le relai).

    Je ne parts pas, je reste sur place, clients dehors, employés et gérants sur place également. Je suis dans une ville ou nous rencontrons des difficultés avec des commerces étrangers qui n’ont pas la même façon de concevoir l’hygiène que nous et aussi le problème de la langue.

  • Entre ceux qui n’aiment pas les vétos
    et ceux qui n’aiment pas la police.
    J’imagine les grimaces quand vous arrivez quelque part 😉
    La casquette doit pas être drôle à porter tous les jours.

    Juste une question, Combien de temps de formation ? auprès de la DDPP ?

  • Bonjour Julie,
    certes pas facile , mais l’uniforme facilite aussi les contrôles. Il inquiète et ensuite tranquillise aussi. Le but est d’aider le commerçant. Si effectivement ce dernier me prends pour une idiote là j’avoue que je suis moins voir pas du tout conciliante sur le contrôle.
    Mais étant accompagnée les visites se passent bien, ne pas oublier que force reste à la loi. 😛

  • Ma formation a été très courte, voir trop courte à mon goût. Je n’ai passé qu’une seule semaine sur le terrain avec eux, ensuite pour toutes mes corrections j’ai pu bénéficier d’une grande flexibilité par mon responsable de l’époque afin de me délacer librement jusqu’à leur bureaux.

    A lors actuelle, je suis et je reste toujours en relation avec mes tuteurs. Quand j’ai un doute, une question, une interrogation ils sont toujours là pour me répondre mais j’ai une préférence pour ce travail que je juge beaucoup plus bénéfique à la population et aux commerçant, donc je m’y intéresse, je continue à faire des stages par le biais du C.N.F.P.T, j’utilise des livres de référence, je me documente un maximum.

  • Bonjour Cécile,

    Merci pour toutes ces informations supplémentaires que tu as pris le temps de nous écrire 😉

    Au C.N.F.P.T. (Centre Nationale de la Fonction Publique Territoriale), peut-il former des personnes autres que des personnes travaillant dans la fonction publique ?

  • Bonjour Vrine,

    Le CNFPT est un partenaire de proximité pour les collectivités, il ne forme que les agents appartenant à ces dernières. Pour cela il dispose d’un large éventail de formations qui sont en relation avec le service de l’agent. Mais ce dernier en y apportant une grande motivation peut bénéficier d’une formation différente de son travail habituel. C’est de cette façon que j’ai pu profiter d’une formation sur l’alimentaire, qui n’a effectivement rien à voir avec les prérogatives d’un Policier Municipal.

  • Bonjour,

    faire appliquer les bonnes pratiques à l’ensemble du personnel n’est pas de tout repos lorsque cela repose sur une seule personne.

    Quel méthode suggérez-vous? La méthode par implication des superviseurs avec réprimande ou la méthode avec des ambassadeurs de bonnes pratiques choisis dans le personnel régulier. Je doute que la 2e méthode ne fasse son poids. Qu’en pensez-vous.

    Syki

    • Bonjour Syki,

      Personnellement, je ne pense pas que la méthode avec réprimande soit la bien venue pour un personnel adulte. De plus, cela ne pousse pas les gens à se surpasser mais simplement à être moyen !

      Je pense que la 2ème méthode est bonne… car si les ambassadeurs s’entendent bien avec ses collègues alors là, ça poussera le personnel à être meilleur que l’ambassadeur. Il faut du challenge (atteignable biensûr, donc commencer doucemenent).

      Ensuite, il y a d’autre façon de procéder. Là où il y a le plus de résultats c’est quand tout le monde est sollicité pour réfléchir ensemble à mettre des solutions en place !
      De plus, chaque équipe a son caractère et sa spécificité…il faut aussi savoir s’adapter. C’est le management.. c’est pas évident, mais c’est possible !

      A+

  • Bonsoir,
    Je suis moi aussi un gardien de police municipale et votre « interview » m’ intéresse beaucoup. Il y a quelque temps un gardien faisait aussi des contrôle d’hygiène mais avec une personne de la DDASS.
    Maintenant que ce gardien de police a muté je souhaiterai reprendre et également s pouvoir développer mes connaissances en matières d’hygiène et effectuer des contrôles.
    Pourriez vous m’aider ??
    D’avance merci
    !! et bravo pour l’article !

  • Bonjour,

    cela fait longtemps que je n’ai pas donné de mes nouvelles sur le site que je regarde régulièrement.

    Cela fait maintenant 2 ans que je ne suis plus Policier Municipal mais je m’occupe toujours d’hygiène.

    j’ai deux prérogatives : celle de l’hygiène dans le cadre de l’habitat indigne et toujours celui dans l’hygiène des locaux.

    L’hygiène des locaux est une notion assez vaste dans le CGCT mais cela va me donner le droit de continuer à procéder à un contrôle visuel dans les établissements manipulant des denrées alimentaires.

    J’avais effectivement un doute car le droit était vague, alors j’ai pris attache avec un inspecteur de la DGCCRF, qui a pris le temps de m’expliquer et surtout de me confirmer que je suis dans mon bon droit de procéder à des « contrôles » visuels des établissements.

    je garde en tête que je ne suis nullement un inspecteur, je n’ai pas la prétention de me faire passer pour ce que je ne suis pas, mais cela va me permettre (à ma collectivité), de vérifier l’hygiène des commerces de bouches sur ma commune. Un retour sera fait à l’inspecteur en charge de ma collectivité.

    • Bonsoir Cécile,
      Super contente d’avoir de vos nouvelles et quelle plaisir de voir que vous continuez à lire mes articles… Merci
      Et pourtant pas très productive en ce moment ! Mais j’ai pleins d’idées !!
      Je trouve ce que vous faites, génial. Un vrai fonctionnaire comme on n’en voit plus. Vous donnez de votre personne pour le bien de la communauté (commune).
      Je vous souhaite donc plein de bonnes choses (que ceux qui osent être non respectueux vers autrui s’inquiètent de vous voir arriver ;-)).
      J’espère que vous nous donnerez encore des nouvelles. 2ans, ça passe vite !
      Merci